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Trois Vénus espagnoles rouges

Jim Dine commença à se faire connaître au début des années 1960 comme membre d'un groupe hétérogène d'artistes qui élargit radicalement les limites de l'art en appliquant les termes de la Peinture d'action à l'espace et au temps réels et en utilisant des objets du quotidien récupérés dans la rue. Entre 1959 et 1961, Dine joua un rôle décisif dans la création d'ambiances et de performances, qu'Allan Kaprow dénomma « Happenings », en collaboration avec Claes Oldenburg, entre autres artistes. Par la suite, sous l'influence de Robert Rauschenberg et de Jasper Johns, il commença à créer des peintures sur toile auxquelles il incorporait des objets — outils, vêtements et accessoires de la vie de tous les jours — . Bien que ces œuvres aient été immédiatement associées au Pop Art, elles n'avaient pourtant pas grand-chose à voir avec la production dépersonnalisée et désinvolte d'artistes comme Andy Warhol. Dès le début, Dine se tourna vers des objets et des images chargés d'associations symboliques et souvent corporelles : par exemple, un peignoir d'homme adapté d'une publicité servit d'autoportrait codifié. Dine transforma aussi ces objets et images à travers la manipulation expressive de la peinture, les convertissant en des véhicules d'expression personnelle.

Comme autres signes caractéristiques de l'œuvre de Dine, on retrouve aussi en dehors du peignoir, le cœur, les outils, Pinocchio et une Venus de Milo sans tête. Celle-ci fit sa première apparition en 1982, lorsque l'artiste décida de transformer une petite réplique en plâtre de la célèbre sculpture hellène achetée dans un établissement. Après avoir enlevé la tête et travaillé la surface en la grattant et en la démembrant, il commanda un format agrandi en argile. Il manipula ensuite cette copie redimensionnée et réalisa une sculpture en bronze pour créer la Venus en noir et gris (Venus in Black and Gray, 1983), la première d'une longue série de sculptures de matériaux et dimensions divers, et de groupes de sculptures consacrés à ce thème, parmi lesquels se trouve Trois Venus espagnoles rouges (Three Red Spanish Venuses, 1997), la plus grande de toutes et peut-être la plus ambitieuse, exposée au Musée Guggenheim Bilbao. Ce motif est aussi apparu dans plusieurs peintures, dessins et gravures de l'artiste.

La série de Venus met en évidence l'engagement constant de Dine, depuis les années 1970, envers une tradition artistique plus ancienne, et plus concrètement, révèle son intérêt prononcé pour l'Antiquité, qu'on retrouve aussi dans une série de dessins inspirés d'anciennes sculptures grecques et romaines exposées dans des musées et que l'artiste commença à réaliser au milieu des années 1980. Bien que ses multiples versions de la Venus de Milo évoquent inévitablement la reproduction infinie, la transformation de l'objet d'art en article commercial et la dégradation kitsch qu'a souffert la sculpture symbolique depuis sa récupération de l'Île de Mélos en 1820, ce motif a plus servi de contexte que d'axe central dans l'œuvre de l'artiste. En décapitant et en altérant cette célèbre forme sans bras et à moitié dévêtue, Dine transforme la Venus de Milo en une figure archétypique moins spécifique et plus universelle. En outre, malgré la répétition du motif, aucune Venus n'est identique. Les trois figures de Trois Venus espagnoles rouges paraissent semblables à première vue mais si on observe avec attention, des différences subtiles apparaissent entre les corps cubistes. Ce trio imposant, commandé spécialement pour l'atrium du Musée Guggenheim Bilbao conçu par Frank Gehry, évoque légèrement certains thèmes historiques-artistiques comme le Jugement de Pâris et les Trois Grâces.

Source(s) : 
Ted Mann. « Jim Dine », Colección del Museo Guggenheim Bilbao, Bilbao, Guggenheim Bilbao Museoa ; Madrid, TF Editores, 2009.

Jim Dine

Trois Vénus espagnoles rouges (Three Red Spanish Venuses), 1997

Polystyrène expansé sur structure en acier, maille de nylon et finition en latex acrylique rouge

Trois éléments de 762 cm de hauteur

Guggenheim Bilbao Museoa

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