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Le Bateau solaire

Né en Allemagne quelques mois avant la dernière bataille européenne de la Deuxième Guerre Mondiale, Anselm Kiefer grandit en étant témoin des conséquences de la guerre moderne et de la division de son pays. Il vécut aussi la reconstruction d'une nation fragmentée et sa lutte pour se recomposer. Kiefer se consacra à étudier les modèles entrecroisés de l'histoire et de la mythologie allemandes et comment ils contribuèrent à l'apparition du fascisme. Il aborda ces questions en violant des tabous esthétiques et en ressuscitant des symboles sublimés. Dans l'un de ses premiers projets, la série Occupations (Besetzungen, 1969), Kiefer se photographia lui-même en train de réaliser le salut nazi dans plusieurs endroits lors d'un voyage à travers la Suisse, l'Italie et la France. Les peintures postérieures, des paysages immenses et des intérieurs architecturaux, auxquels ils appliquaient du sable et de la paille, évoquent l'héritage politique et littéraire de l'Allemagne. On y retrouve de multiples références aux légendes des « Nibelungen » et à Richard Wagner, à l'architecture d'Albert Speer et à Adolf Hitler. Dès le milieu des années 1980, et concrètement après s'être installé dans le sud de la France au début des années quatre-vingt-dix, Kiefer élargit son iconographie pour aborder des thèmes plus universels comme la civilisation, la culture et la spiritualité, en s'inspirant de la Kabbale, de l'alchimie et de la mythologie de l'Antiquité, entre autres thèmes.

La monumentale œuvre Le bateau solaire (Das Sonnenschiff, 1984–95) représente un vaste champ cultivé, sur lequel vient se poser un grand avion en plomb, qui a la forme d'un avion en papier. Le motif du champ cultivé est récurrent dans l'œuvre de Kiefer, une référence à la campagne allemande, transformée par des siècles de culture et de labour. Dans cette œuvre, comme dans d'autres, Kiefer évoque le rôle joué par le paysage dans l'histoire de la peinture allemande, en particulier l'appropriation puis le discrédit postérieur de la tradition romantique par les nazis. La surface pleine de marques et recouverte de cendres de l'œuvre Le bateau solaire, typique des peintures de Kiefer, évoque aussi la dévastation provoquée par les bombardements aériens de la Deuxième Guerre Mondiale. En revanche, les tournesols que supporte l'avion peuvent suggérer le potentiel de régénération.

Source(s) : 
Nancy Spector. « Anselm Kiefer », Spector. Éd. Guggenheim Museum Collection: A to Z. 3ème rév. éd. New York, Solomon R. Guggenheim Museum, 2009.
Miguel López-Remiro.  « Anselm Kiefer », Colección del Museo Guggenheim Bilbao, Bilbao, Guggenheim Bilbao Museoa ; Madrid, TF Editores, 2009.
« Anselm Kiefer », La Collection Permanente des Musées Guggenheim, Bilbao, Guggenheim Bilbao Museoa, 2007.

Anselm Kiefer

Le Bateau solaire (Das Sonnenschiff), 1984–95

Tournesols, plomb, cendre, asperges et émulsion sur toile

330 x 560 cm

Guggenheim Bilbao Museoa

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