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Extase, Statut, Statue

Les premières œuvres de Moraza des années 1980, parmi lesquelles figurent celles qu'il réalisa lorsqu'il était membre du groupe Comité de Vigilancia Artística (1979-85) avec l'artiste María Luisa Fernández, étaient basées sur des éléments décoratifs comme des cadres et des ornements, ces aspects que la production de la haute culture tend à reléguer à un plan de moindre importance. Ces créations anticipent la trajectoire que prendraient ses recherches à venir sur la relation entre la haute et la basse culture, le masculin et le féminin étant comme des catégories puissantes et controversées. Tout comme d'autres artistes basques, Moraza fut influencé au milieu des années quatre-vingt par les écrits de Jacques Derrida, Michel Foucault et d'autres post-structuralistes, qui défièrent les hiérarchies traditionnelles et influèrent sur les formes avec lesquelles la vérité, la connaissance et l'identité se construisent dans le discours. Moraza gagna une reconnaissance internationale dans la première moitié des années 1990 avec des œuvres qui mettaient en question les notions de genre et les installations composées de faux « objets trouvés », de sculptures présentées comme des objets « archéologiques », et c'est le cas même des contraceptifs de l'œuvre Archéologie du Plaisir (Arqueología del Placer, 1995).

L'installation Extase, Statut, Statue (Éxtasis, Status, Estatua, 1994) se compose d'une multitude de moules en résine de talons de chaussures pour homme et pour femme. Les talons présentent différentes tailles et formes, et sont placés à l'envers et distribués tels un filet, ce qui rappelle peut-être la sculpture minimaliste et les expositions taxonomiques. L'installation, qui séduit de par sa forme, suggère de multiples possibilités de signification. Sur un niveau, elle reflète la recherche constante de l'artiste sur le piédestal et sa fonction dans la définition de la catégorie de sculpture. Ici, le piédestal est altéré ou inversé ironiquement. Les talons placés à l'envers évoquent aussi inévitablement les corps absents auxquels ils appartiennent. Dans des termes freudiens, les chaussures sont des prototypes d'objets fétiches, des objets du désir déplacé résultant de la commotion dont souffre le petit garçon lorsqu'il perçoit la différence sexuelle de sa mère et son choix d'un substitut symbolique. Mais l'installation de Moraza met en doute les notions strictes de la différence sexuelle : si les talons hauts et bas marquent les territoires différenciés du masculin et du féminin, la grande diversité de formes et de hauteurs des talons reflète les territoires intermédiaires entre les deux genres. L'œuvre réfléchit également à la notion du désir de Jacques Lacan, qui le conçoit comme un résidu, un vide, une extrême fragilité ou une fracture, la division du sujet dans le langage ou, comme dans ce cas bien précis, le monde mis à l'envers. Finalement, l'œuvre met en doute le type de visualité normalement associée à la sculpture : les talons, proches du sol, ne permettent pas une observation de près confortable et l'œuvre ne peut être vue dans son ensemble que depuis une position plus élevée.

Source : 
Estrella de Diego. Juan Luis Moraza. In : Colección del Museo Guggenheim Bilbao. Bilbao : Guggenheim Bilbao Museoa ; Madrid : TF Editores, 2009.

Juan Luis Moraza

Extase, Statut, Statue (Éxtasis, Status, Estatua), 1994

Résine synthétique

10 x 400 x 400 cm

Guggenheim Bilbao Museoa

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