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Egon Schiele

2 octobre 2012 – 6 janvier 2013

Thèmes | Autoportrait en tirant la paupière vers le bas, 1910

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Autoportrait en tirant la paupière vers le bas, 1910
Craie, aquarelle et couleurs opaques
44,3 x 30,5 cm
Albertina, Vienne

J'aspire à dresser un registre [...] je souhaite explorer, inventer, découvrir, avec tous les moyens à ma portée, qui menacent déjà de prendre feu et de se consumer [...] et de jeter de la lumière sur les plus sombres éternités de notre petit monde [...] C’est pourquoi je crée constamment des œuvres nouvelles et apparemment interminables qui sortent de moi [...] Je suis si riche que je dois me livrer.

—Egon Schiele (1)

Dans les œuvres sur papier d’Egon Schiele (1890, Tulln, Autriche–1918, Vienne), l’image du corps humain prédomine. Ces autoportraits et ces nus féminins, éloignés de la représentation conventionnelle, ont révolutionné le monde de l’art, notamment les nus, car grâce à eux, l’érotisme a cessé d’être considéré comme quelque chose de pornographique ou de caricaturesque pour entrer de plain-pied dans le grand art. Quant à l’intérêt de Schiele pour l’autoportrait, inhabituel à l’époque, il reflétait la préoccupation de l’artiste pour sa vie et son identité. Schiele a développé un type d’expressionnisme très personnel et reconnaissable tout en utilisant les techniques de la Sécession viennoise (1879–1939), telles que le « traitement décoratif des surfaces et la fluidité des lignes ornementales » (2).

La famille d’Egon Schiele ne l’a pas encouragé à explorer son talent artistique car elle espérait qu’il suive les traces de son père, employé des chemins de fer. A l’encontre de cette volonté familiale, il part à la rencontre du peintre autrichien Gustav Klimt (1862–1918), vingt-huit ans plus âgé que lui, qu’il prendra comme nouvelle figure paternelle, tant en ce qui concerne son art que dans sa vie. Leur traitement du portrait partage d’indéniables similitudes de composition, comme le format allongé, les lignes fluides, les éléments ornementaux, voire même le type de vêtements. Mais tandis que Klimt emploie souvent la couleur pour décorer l’habillement de ses personnages, Schiele la déploie pour exprimer des états d’âme, le mental intérieur. Les corps contorsionnés, les poses asymétriques et les contours brisés traduisent l’intérêt de Schiele pour la structure et pour la ligne. Et alors que les peintures de Klimt sont fréquemment une célébration de la beauté, celles de Schiele mettent délibérément l’accent sur le laid, la sexualité explicite ou le morbide.

Schiele s’est intéressé dès ses débuts à l’autoportrait. Avant même son examen d’entrée à l’Akademie der Bildenden Künste (Académie des Beaux-arts) de Vienne en 1906, il avait déjà peint dix portraits de lui-même. Nombre de ses autoportraits sont tenus pour symboliques, puisqu’il avait l’habitude de se représenter en moine ou en ermite puis, après 1914, comme un saint martyr (3). Son Autoportrait en tirant la paupière vers le bas, de 1910, illustre bien à la fois l’influence de Klimt et comment il s’en éloigne. Dans les vêtements il reprend les couleurs brillants et décoratives qui rappellent Klimt tout en transmettant par la pose une nouvelle expression du langage gestuel. A côté de la tête penchée, le placement d’une figure sur la droite crée une asymétrie dans la composition. Le geste suggère le poids des pensées et des sentiments de Schiele. Dans d’autres autoportraits, il montre sa préoccupation pour la mort, l’amour, le sexe et le processus de transformation en artiste.

1. Egon Schiele, cité in Egon Schiele: The Leopold Collection, Vienna, cat. expo. (Cologne : DuMont ; New York : Museum of Modern Art, 1998), p. 32.

2. Egon Schiele, 7 décembre 2005 – 19 mars 2006 », Albertina, Vienne.

3. Egon Schiele, p. 23.

Observez ensemble l’Autoportrait en tirant la paupière vers le bas, 1910, d’Egon Schiele. Demandez à vos élèves quels sont les aspects de ce portrait qui attirent leur attention ? Comment décriraient-ils la couleur et les éléments décoratifs employés par l’artiste ? Comment décriraient-ils son habillement ? 

Puis demandez-leur de faire attention à l’expression du visage et au langage corporel du personnage et d’en décrire la pose. Faites qu’un élève se mette debout et imite la posture du personnage : est-il à leur avis à l’aise, angoissé ou détendu ? Comment à leur avis l’homme du portrait se sent-il ? 

Gustav Klimt était le mentor de Schiele. Demandez à vos élèves de chercher des images de portraits de Klimt et de les comparer à cette œuvre. Quelles ressemblances et différences y voient-ils ? 

Comment Schiele utilisait-il la ligne ? Vos élèves peuvent essayer de dessiner les lignes les plus importantes du portrait (voire même les tracer dans l’air avec des pinceaux imaginaires). Comment les décriraient-ils ? Commentez avec eux le contraste des zones de couleur avec l’usage de la ligne.

Expliquez à vos élèves que cette œuvre est un autoportrait. Croient-ils qu’il s’agisse d’un autre type d’œuvre ? Le geste de la main tirant sur la paupière est souvent considéré comme peu élégant et troublant, comme s’il exprimait le poids des pensées et des sentiments de l’artiste. Qu’en pensent vos élèves ? Si l’artiste pouvait dire quelque chose, à leur avis, que dirait-il ? 

Demandez-leur comment ils se représenteraient dans un autoportrait, quels types de couleurs et de lignes ils utiliseraient, comment ils poseraient ou ce qu’ils voudraient dire avec l’expression de leur visage.

Modèle et artiste

Dans les portraits de Schiele, les corps, y compris de celui qui fut longtemps sa fiancée et son modèle, « Wally » Neuzil, et plus tard celui de sa femme Edith, apparaissent souvent contorsionnés. Demandez à vos élèves comment ils se sentiraient s’ils étaient représentés de cette façon. Divisez votre classe en groupes de deux et donnez un portrait de Schiele à chaque paire. Demandez-leur de jouer un petit dialogue entre le modèle et l’artiste. Comment, à leur avis, a réagi la personne représentée quand elle a vu l’œuvre ? Quels changements aurait-elle demandés ? (par exemple, elle pourrait avoir voulu être peinte sous un autre angle). Comment Schiele aurait-il défendu son œuvre ? 

Dessin instantané

Schiele a reçu l’influence de nombreux artistes qui l’ont précédé. Il a ainsi emprunté à Rodin (1840–1917) une technique importante appelée « dessin instantané ». Rodin, formé au dessin et à la sculpture réalistes, s’éloigne de la perspective néo-classique pour explorer le dessin plus libre et spontané. Il s’efforce d’appréhender la forme humaine en mouvement au travers d’esquisses rapides qu’il réalise sans lever le regard du modèle (1). Observez Autoportrait en tirant la paupière vers le bas. A leur avis, quels aspects du dessin peuvent-ils être reliés à cette technique du dessin instantané ? 

Demandez maintenant à vos élèves d’appliquer le dessin instantané dans deux activités. En premier lieu, former des groupes de deux ; un des élèves choisira une action, comme boire, rire ou courir, et l’autre devra dessiner son camarade en action. Celui qui dessine ne pourra pas regarder le papier, mais observer constamment celui en action.

Dans le second défi, un des élèves dessinera l’autre avec un trait continu, c’est-à-dire sans lever le crayon du papier, tandis que l’autre pourra être assis sans rien faire ou, au contraire, être en mouvement. Demandez-leur de parler de ces deux activités : laquelle leur a plu le plus ? En quoi ces dessins sont-ils différents de ceux qu’ils font habituellement ? 

Dessiner le contour

Cette activité (2) est liée au dessin instantané. Schiele a réalisé de nombreux dessins uniquement de contours, ou des dessins au crayon. Utilisez un crayon et un objet simple comme une poire pour explorer le processus de dessin de contours qui est expliqué ci-après.

Les élèves doivent imaginer qu’il y a un verre qui les sépare d’un objet. C’est sur ce plan invisible qu’ils doivent tracer la forme d'un objet en déplaçant les yeux et les mains en même temps.

Une fois qu’ils se seront habitués au processus, ils s’installeront assis avec un support et une feuille de papier sur leurs genoux avant de se centrer sur un unique point de l’objet. Ils peuvent maintenant explorer le contour de l’objet avec les yeux en parcourant le papier avec les mains à la même vitesse. Ils ne doivent pas regarder le papier et ils agiront lentement pour bien synchroniser le mouvement des yeux et de la main.

Quelles parties du dessin sont-elles plus détaillées et d’autres non ? A leur avis, comment peuvent-ils élaborer un peu plus le dessin ? Le portrait de Schiele Dr. Ernst Wagner (1918) est un bon exemple de dessin de contour. Si vous avez le temps, encouragez vos élèves à continuer à ajouter des ombres, des couleurs ou des éléments décoratifs à leur dessin.

Autoportraits

Au cours de cette activité, la classe expérimentera avec la contorsion, l’asymétrie et la disproportion dans l’autoportrait au moyen de photos numériques. Il vous faut disposer de photos des élèves dans les ordinateurs de la classe, prises avec un appareil ou un téléphone en classe, envoyées par e-mail depuis chez eux ou apportés en classe pour les scanner. Ils utiliseront Photoshop pour déformer le corps et le visage. Vous réfléchirez ensemble sur les parties du corps qui sont symétriques et sur les proportions qui ont habituelles. Ils utiliseront les outils Photoshop comme le flou, le mouvement et les pinceaux pour déformer les images. Demandez aux élèves de partager leur autoportrait originel avec ceux modifiés par d’autres élèves. Quels changements perçoivent-ils ? Comment affectent-ils l’atmosphère du portrait ? Comme défi supplémentaire, donnez à la classe la possibilité d’ajouter de la couleur aux images. Ce processus peut augmenter la distorsion dans la symétrie et la proportion des images.

1. Clare Vincent, « Auguste Rodin (1840–1917) », Metropolitan Museum of Art, New York

2. Activité adaptée de « The Figure Drawing Lab », Université d’Evansville, États-Unis.

 

Vocabulaire

Dessin instantané : tentative de saisir la forme humaine au moyen d’esquisses rapides sans lever le regard du modèle.

Expressionnisme : mouvement artistique du début du XXe siècle qui accordait une grande importance à l’expression subjective de l’expérience intérieure de l’artiste.

Néo-classicisme : retour au classicisme dans l’architecture et l’art, notamment dans les arts décoratifs, qui s’est produit aux XVIIIe et XIXe siècles et caractérisé par l’ordre, la symétrie et la simplicité.

Sécession viennoise : mouvement artistique et architectural de la fin du XIXe et du début du XXe siècle qui rejetait les styles académiques prédominants en faveur d’autres plus expérimentaux.

Ressources web

The Artist and His Work, Museum of Modern Art, New York
Egon Schiele, Neue Galerie, New York
Biographie d’Egon Schiele, Musée Guggenheim Bilbao
Klimt Museum : Musée virtuel de l’œuvre de Gustav Klimt
Musée Rodin, Paris
Rodin Museum, Philadelphie
German Expressionism
, Los Angeles County Museum of Art
Arty Factory, Apprenez-en plus sur les proportions, les traits du visage, les ombres et les qualités d’un portrait.

Bibliographie

Egon Schiele (7 décembre 2005 – 19 mars 2006), Albertina, Vienne
Egon Schiele : The Leopold Collection, Vienna
, cat. expo. (Cologne : DuMont ; New York : Museum of Modern Art, 1998.
The Figure Drawing Lab. Université d’Evansville, États-. Unis.
Friedel, Helmut et Helena Perena, éd. Egon Schiele : The Unsalvageable Ego: Works from the Albertina, cat. expo. Cologne : Wienand, 2012.
Vincent, Clare. Auguste Rodin (1840–1917). Metropolitan Museum of Art, New York.

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