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Robert Rauschenberg: Rétrospective

21 novembre 1998 – 7 mars 1999

Robert Rauschenberg: rétrospective saisit tout le souffle des réussites importantes de cet artiste. L'exposition se déroule chronologiquement dans les galeries du second et du troisième étages du musée et met en valeur la peinture et la sculpture tout en capturant sa façon de travailler avec des matériaux divers. Son œuvre comme dessinateur, photographe, imprimeur sera également présente, ainsi que ses importantes collaborations dans les arts du théâtre et dans des travaux plus technologiques. Finalement, nous pourrons voir, pour la première fois, Le 1/4 de mille ou 2 stades dans un espace ininterrompu.

L'art de Robert Rauschenberg a toujours été une inclusion réfléchie. Le fait d'avoir travaillé avec un large éventail de thèmes, de styles, de matériaux et de techniques l'autorise à recevoir la qualification de précurseur de pratiquement tous les mouvements de l'après-guerre à partir de l'expressionnisme abstrait américain. Il a toutefois réussi à préserver son indépendance vis-à-vis de toute affiliation concrète. Au début de sa carrière artistique, vers la fin des années 40, sa croyance en la faculté de la peinture d'être en rapport aussi bien avec l'art qu'avec la vie pose un défi direct à l'esthétique moderne dominante. Ses célèbres Combinés (Combines), entrepris au milieu des années 50, introduisent des images et des objets du monde réel dans le royaume de la peinture abstraite et affrontent les divisions admises entre peinture et sculpture. De fait, ces œuvres fondent le dialogue permanent de l'artiste avec les différents média techniques, entre l'artisanat et le ready-made (déjà fait), et entre la technique gestuelle du pinceau et l'image reproduite mécaniquement. L'engagement de collaboration qu'il maintient depuis toujours avec des acteurs, imprimeurs, ingénieurs, écrivains, artistes et artisans du monde entier est une manifestation de plus de sa philosophie expansive de l'art.

Né sous le nom de Milton Ernest Rauschenberg à Port Arthur, Texas, en 1925, l'artiste entreprend sa formation artistique après avoir servi dans la Marine des Etats-Unis en 1945. Au Black Mountain College, près de Nashville, en Caroline du Nord, il devient disciple de Josef Albers, ancien membre de la Bauhaus. C'est également là que se fondera son amitié avec le compositeur John Cage et avec le danseur/chorégraphe Merce Cunningham.

Entre 1949 et 1954, Rauschenberg introduit les techniques, les matériaux et les motifs qui l'occuperont de façon permanente. Pendant cette période féconde, il se consacre à la photographie, crée ses premières mono impressions et débute au théâtre en participant à l'œuvre de Cage Pièce de théâtre nº 1 (Theater Piece #1) en 1952. Ses premières peintures, sculptures et dessins reflètent alors déjà ce qui sera son engagement constant en faveur de l'extraction de matériaux et d'images de leur environnement immédiat.

Une fois installé à New York en 1949, Rauschenberg prend connaissance du travail des expressionnistes abstraits et incorpore un trait de pinceau libre à ses peintures. Son Dessin de De Kooning effacé (Erased de Kooning Drawing) de 1953 est en même temps un hommage au peintre Willem de Kooning et un geste conceptuel pour aller au-delà des frontières de l'exemple expressionniste abstrait. Sa première exposition individuelle a lieu en mai 1951 à la Betty Parsons Gallery de New York, laquelle à l'époque représentait un grand nombre d'expressionnistes abstraits. Mère de Dieu (Mother of God) (vers 1950), l'une des rares œuvres qui restent de cette exposition, révèle l'inquiétude déjà présente chez l'artiste pour élargir le champ du langage et incorporer des thèmes figuratifs tels que cartes géographiques, diagrammes et chiffres.

Dans ses Peintures blanches et Peintures noires créées entre 1951 et 1953, Rauschenberg explore plus avant la technique expressionniste abstraite, tout en la détournant de sa pureté picturale à l'aide de références qui crèvent la toile. Il imprime des cailloux et de la terre dans le pigment noir des peintures Floraison nocturne (Night Blooming) (1951); les plates Peintures blanches (White Paintings) (1951) se transforment en écrans pour les ombres et les lumières répondant aux conditions que les entourent; et le collage de journaux constitue la base des Peintures noires (Black Paintings) (1951-53).

Pendant son voyage en compagnie de l'artiste Cy Twombly en Europe et en Afrique du Nord en 1952, Rauschenberg crée des collages à l'aide de cartons employés pour y ranger des chemises italiennes; ces collages annoncent sa méthode de combinaison de thèmes disparates et contiennent la plupart des motifs qui sont restés au centre de son œuvre: animaux, parties du corps, moyens de transport, reproductions d'art, typographie et diagrammes. C'est durant ce même séjour que Rauschenberg crée son œuvre Scatole Personali, montage de petit format et fétichiste de matériaux ramassés. Comme Sculptures élémentaires (Elemental Sculptures) et la série Peintures rouges (Red Paintings), qu'il entreprend à son retour à New York en 1953, ces œuvres ont été des laboratoires pour ses Combinés postérieurs.

Pour Rauschenberg, il existe une progression naturelle des Peintures rouges aux Combinés, lorsqu'il commence à détacher le collage bidimensionnel et, en dernier lieu, les objets tridimensionnels. Dans Odalisque (Odalisk) (1955/1958), l'un de ses premiers et authentiques Combinés, nous pouvons apercevoir un coq disséqué, des lumières électriques et un oreiller avec des matériels autobiographiques, y compris une de ses cyanographies en miniature. Lorsque les Peintures rouges et ses premiers Combinés furent exposés dans la Egan Gallery de New York en décembre 1954, la plupart des critiques se sentirent déconcertés face à des œuvres qui mettaient à l'épreuve les définitions de l'art en vigueur jusque-là. En approfondissant le concept des ready-mades de Marcel Duchamp, Rauschenberg donne une nouvelle importance aux objets ordinaires, tels qu'une couverture en pachtwork ou un pneu de voiture, en les juxtaposant à des objets sans rapport avec eux et en les plaçant dans le contexte de l'art. Tout au long de ces années, Rauschenberg est soutenu par le dialogue intellectuel qu'il maintient avec Cage et Cunningham, ainsi qu'avec l'artiste Jasper Johns, lequel était comme lui intéressé par le détournement de l'art de ces manifestations courantes.

En 1962, Rauschenberg explore la technique du transfert dans ses éditions de gravures. Cette année-là il réalise sa première lithographie pour les ULAE (Universal Limited Art Editions), West Islip, New York, et en 1963 il reçoit le grand prix de la prestigieuse International Exhibition of Prints de Ljubljana, Slovénie, ancienne Yougoslavie. La production de gravures est resté un élément fondamental de la pratique artistique de Rauschenberg en raison de la reproductibilité inhérente à cette technique et de la vaste gamme d'effets qu'elle lui permet d'obtenir. Pour la série de peintures sérigraphies produites entre 1962 et 1964, il utilise un moyen commercial de reproduction en exaltant le thème des mass media et en identifiant ainsi l'artiste avec le pop art.

La réputation croissante de Rauschenberg comme artiste d'avant-garde de sa génération se consolide avec sa première exposition individuelle dans un musée, célébrée en 1963 au Jewish Museum de New York, et avec le grand prix qui lui est décerné par la XXXIIe Biennale de Venise l'année d'après. Durant le reste de la décennie, Rauschenberg se consacre principalement à produire des gravures, à participer à des aventures théâtrales collectives et à explorer l'art basé sur la technologie, activités qui l'éloignent constamment de son atelier.

Dans les années 60, la participation de Rauschenberg au théâtre le situe à l'avant-garde de la danse. Non seulement il renforce son activité, entreprise au milieu des années 50, comme chargé des décors, des costumes et de l'illumination pour les compagnies de danse de Cunningham et de Paul Taylor, mais il travaille aussi en tant que chorégraphe et acteur, en grande mesure grâce à ses liens avec le Judson Dance Theater, un large collectif de danseurs et d'artistes. Caractéristiques de sa pratique artistique dans tous les média, les œuvres théâtrales de Rauschenberg incorporent la quotidienneté et l'inattendu: les danseurs utilisent souvent des mouvements ordinaires et improvisés et ses décors sont parfois composés d'objets trouvés, Combinés et d'une scénographie extraite de la vie réelle dans laquelle l'activité humaine et l'attrezzo de la scène ne peuvent être distingués.

L'encouragement d'une relation de travail entre artistes et ingénieurs fut le principe de base de l'E.A.T. (Experiments in Art and Technology/ Expérimentations en art et technologie), une organisation établie en 1966 par Rauschenberg avec, entre autres, le chercheur des Laboratoires Bell, Billy Klüver. Dès le milieu des années 50, Rauschenberg avait incorporé à ses Combinés des dispositifs électriques et électroniques sous forme d'ampoules et de radios. Mais c'est la collaboration qu'il maintient avec des ingénieurs dans les années 60 qui lui permet d'intégrer la lumière, le son et le mouvement dans des environnements interactifs à grande échelle. La sorcellerie technologique transforme des œuvres sculpturales, comme Oracle (1962-5) et Sons (Soundings) (1968), en installations complètement interactives, souvent activées par la participation du public.

Avec son départ en 1970 de New York pour Captiva, une île de la côte du Golfe de Floride, Rauschenberg éclaircit sa palette. Fuyant l'iconographie urbaine, il cultive un langage abstrait et l'utilisation de fibres naturelles, comme le tissu et le papier.

L'intérêt précoce que Rauschenberg a ressenti pour la photographie se voit renouvelé en 1979 lorsqu'il collabore pour la première fois avec la Compagnie Trisha Brown. Son design des décors pour Appât glaciaire (Glacial Decoy) (1979) comprend des projections de ses propres photographies en noir et blanc. Par la suite, plusieurs projets photographiques voient le jour, parmi lesquels En dedans + en dehors des limites de la ville (In + Out City Limits) (1980-81), Photèmes (Photems) (1981/1991) et Pavillon d'été chinois (Chinese Sumerhall) (1982-83), qui tous révèlent la préférence de l'artiste pour les thèmes courants et de la rue. À partir de ce moment, les images incorporées dans son travail sur différents média procèdent exclusivement de ses propres photographies.

Dans les années 80, Rauschenberg met en route deux projets à long terme. Le premier The 1/4 Mile or 2 Furlong Piece (Le 1/4 de mille ou 2 stades), est une œuvre en progression entreprise en 1981 qui comporte maintenant près de 191 parties, mesure plus de 300 mètres et occupera un espace de 400 mètres ou plus quand elle sera achevée. De caractère rétrospectif, cette pièce est remplie de références à sa vie et à sa carrière et présente des motifs et des techniques anciennes en même temps que les tendances actuelles de son art.

Entre 1984 et 1991, l'artiste participe activement au projet ROCI, Échange Culturel Transocéanique Rauschenberg (Rauschenberg Overseas Cultural Interchange). Il s'agit d'une expression tangible de sa foi dans le pouvoir de l'art et dans la collaboration artistique comme provocatrice du changement social international, ainsi que de la culmination de son engagement prolongé en faveur des droits de l'homme. Dans le cadre de ce projet, Rauschenberg voyagera autour du monde dans onze pays et explorera diverses cultures et pratiques artistiques locales.

ROCI a produit un ensemble d'œuvres extraordinaires et diverses qui, à leur tour, sont à l'origine d'une série de sculptures et de peintures métalliques entreprise au milieu des années 80. Après avoir peint et sérigraphié sur cuivre d'abord à l'occasion de l'exposition ROCI du Chili en 1985, Rauschenberg explore au cours de la décennie suivante dans plusieurs séries successives l'emploi du métal comme support pour peinture, lustres, émaux et images sérigraphiées. Les images et les objets trouvés font souvent allusion aux voyages de l'artiste, tandis que les surfaces métalliques polies reflètent l'environnement le plus immédiat des œuvres.

Depuis 1992 Rauschenberg utilise une imprimante Iris pour produire des impressions numériques en couleur de ses photographies. A l'aide de cette technologie il obtient des images à haute résolution ainsi que les tonalités lumineuses des œuvres récentes sur papier de grand format, comme dans Anagrammes (Anagrams) (1995-97). En 1996 il transfère les impressions Iris au plâtre humide dans Retraites arcadiennes (Arcadian Retreats), une série de fresques qui ouvre une voie d'exploration totalement neuve pour lui. Depuis presque un demi-siècle maintenant, Rauschenberg vit toujours son art dans un esprit d'invention et dans un élan permanent pour découvrir de nouveaux matériaux, des technologies et des idées.

Julia Blaut, Solomon R. Guggenheim Museum

Robert Rauschenberg

Sans Titre [Untitled (Sue)], 1950

Cyanographie exposée

177,2 x 105,7 cm

Collection Susan Weil

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