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Les avant-gardes et l’expressionnisme au XXe siècle

19 novembre 1998 – 22 février 1999

Le début du XXe siècle est marqué par le triomphe des valeurs révolutionnaires nées au siècle précédent. Armées d’idéaux utopiques et de croyances politiques, les dénommées avant-gardes artistiques remettent en question le grand héritage figuratif de l’art occidental et défendent des idéaux nouveaux qui vont au-delà de l’appréciation purement esthétique. Bien que Paris se maintienne comme foyer indiscutable de l’art mondial, il s’agit d’une période fertile en expérimentations qui concerne l’ensemble de l’Europe. En France, certains artistes, tels Albert Gleizes, développent un vocabulaire cubiste qui rejette la perspective traditionnelle et rompt avec la représentation illusoire de la profondeur. En Allemagne et en Autriche, une grande variété d’artistes travaille sur les potentialités de la forme picturale, à la recherche de l’expression du sentiment et de l’état spirituel. Que ce soit grâce à l’utilisation de couleurs vives et peu naturelles, caractéristiques de Heinrich Campendonk, au trait de pinceau tourmenté que l’on voit dans la peinture d’Oscar Kokoschka, ou à la simplification « primitive » de la forme évidente, comme dans l’œuvre d’Ernst Ludwig Kirchner, les expressionnistes ont utilisé des images aussi bien chargées d’émotion qu’abstraites pour exprimer les vérités psychologiques contemporaines. L’abstraction fleurit avec des artistes comme Vasily Kandinsky et László Moholy-Nagy, qui attribuent des propriétés spirituelles et utopiques aux essences de la forme pure et à la couleur. Finalement, par toute l’Europe, le surréalisme explore la relation entre l’inconscient et la réalité vécue en utilisant des stratégies automatistes pour interpréter tant des visions mentales que des formes biomorphes, comme celles que l’on peut voir dans l’œuvre de Jean Arp, Alexander Calder et Joan Miró. La fragmentation esthétique que partagent différents mouvements — les plans fracturés du cubisme, les figures déboîtées de la peinture expressionniste et les juxtapositions hybrides de l’iconographie surréaliste — peuvent être saisies comme une analogie visuelle de la fragmentation sociale et psychique de la réalité.

Parmi tous ces mouvements, l’expressionnisme a démontré sa capacité à être une tendance artistique durable, qui a été reprise et réexaminée à plusieurs époques au cours de ce siècle. Des générations successives d’artistes ont fait revivre cette clé subjective et l’ont réétudiée en l’adaptant à de nouveaux contextes contemporains. Ainsi, l’expressionnisme a resurgi dans les années 50 sous la forme de l’expressionnisme abstrait américain ou de l’art informel européen, ou, dès les années 80, comme néo-expressionnisme.

Après la Seconde guerre mondiale, les États-Unis se transforment en héritiers du legs européen et en nouveau centre de l’art occidental. L’expressionnisme abstrait devient le premier grand mouvement artistique américain. Son aspect expressif a été rattaché à l’héroïsme subjectif du premier expressionnisme. Les principaux représentants de ce mouvement, Willem de Kooning, Franz Kline et Mark Rothko, entre autres, essaieront d’unir forme et émotion sur des toiles d’un format monumental, en centrant le contenu de la peinture sur l’expression de la personnalité de l’artiste.

Pendant ce temps, en Europe, naît une nouvelle tendance plastique influencée par les philosophies existentialistes et la pensée orientale, tendance que beaucoup considèrent comme l’équivalent européen de l’expressionnisme abstrait: l’art informel (sans forme). Cette tendance se caractérise par la spontanéité dans l’exécution de l’œuvre, l’abandon aux vertus du geste et la grande importance accordée aux propriétés physiques que reflète l’art de Jean Dubuffet, Asger Jorn ou Antoni Tàpies, qui fait apparaître des tôles métalliques, du sable ou d’autres matériaux non conventionnels.

Dès les années 80, après les tendances conceptuelles et minimalistes des années 60 et 70, le néo-expressionnisme récupère la figuration et l’expressivité dans l’œuvre d’art en prenant appui sur le langage formel de l’ancienne avant-garde artistique. L’allemand Georg Baselitz influence la nouvelle génération par ses tentatives pour renforcer la peinture européenne et lutter contre l’épuisement intellectuel de l’après-guerre. Son collègue et compatriote Anselm Kiefer se transforme en l’un des principaux représentants d’un néo-expressionnisme qui adopte une perspective à caractère violent, gestuel et critique, ici mêlé de références à la tradition romantique allemande et à l’héritage politique de son pays. Le néo-expressionnisme a été un phénomène vraiment international, qui s’est concrétisé également dans d’autres endroits, comme l’Italie avec la Transvanguardia dominée par Francesco Clemente, Sandro Chia et Enzo Cucchi, et New York, où des artistes comme Julian Schnabel ou Jean-Michel Basquiat ont introduit aussi bien du vocabulaire (graffiti) que des matériaux (assiettes cassées) ramassés en dehors des sources traditionnelles de l’art, qui leur permettaient de mettre en relief le contenu émotionnel de leur œuvre.

Clyfford Still

Sans titre, 1964

Huile sur toile

259 x 222 cm

Guggenheim Bilbao Museoa

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